lundi 23 avril 2012

Le Mercenaire de Vincente Segrelles


Quand on découvre la bande dessinée, je crois qu'on passe tous par une phase durant laquelle on est plus attiré par l'aspect visuel de la bande dessinée que par ce qui fait sa spécificité: la narration. Les années 80 se seront laissées séduire par cette tendance. Ce fut même une tendance lourde chez les Humanoïdes Associés, sous l'influence de Dionnet, entre autres. La collection "Pied Jaloux" ne manque pas de bandes dessinées délirantes, qui misaient essentiellement sur un graphisme débridé, mais au scénario au mieux approximatif.
De culture plutôt classique, j'étais plus sensible au réalisme dans ce qu'il peut avoir de plus joli, même dans le sens le plus péjoratif de la chose. Les années 80, ce furent également les plus belles années de l'aérographe, dont l'esthétique lisse évoque surtout pour moi les fresques sur camion. Avec le recul, j'ai un peu honte, mais je dois assumer la terrifiante facilité de cette erreur de jeunesse. J'ai aimé le Le Mercenaire, de Vincente Segrelles. 


Je n'ai plus guère de souvenir du scénario, mais sans doute est-ce parce qu'il n'y avait pas grand chose à se souvenir. Il était question d'un mercenaire qui sauve des demoiselles en détresse et dénudées dans un monde fantastique qui mélangeait allègrement fantasy médiéval, orientalisme d'opérette, civilisation disparue et un poil de SF. Il avait aussi une némésis, Olrik en mode HF. Je n'avais même pas l'excuse de l'excitation adolescente face à ces créatures féminines roulées comme des playmates et guère vêtues. J'aimais vraiment le dessin dans  son ensemble, très réaliste, très joli. Et surtout, j'aimais l'univers exotique que mettait en place Segrelles. Avec les années, je ne peux m'empêcher de trouver l'ensemble terriblement kitsch. D'autant que Segrelles me semble infiniment plus a l'aise pour créer un décor grandiose que pour y faire évoluer des personnages de chair et de sang. Ces derniers conservent une rigidité qui laisse supposer qu'eux-mêmes ne s'y sentent pas complètement à leur place.
Les scénarios manquent de dynamisme et ses mises en pages sont tellement figées qu'elles procurent une étrange sensation d'immobilisme. Cette sensation peut, au mieux, faire naître une atmosphère onirique et vaguement contemplative. Le Mercenaire est une bande dessinée qu'on regarde plus qu'on ne lit.

La lecture en devient bizarrement dépassionnée. Il n'y a plus d'enjeu, plus de rythme. Le lecteur regarde le dessin, mais ne se laisse jamais porter par l'histoire. Peut-être est-ce un effet voulu par l'auteur. Oserais-je parler de style ? Ou n'est que l'effet du hasard. De toute façon, les histoires, pour avoir fureté sur le net, ne brillaient pas par leur originalité. Une manière élégante pour dire qu'il ne s'agit que d'un ramassis de clichés emballé dans un papier brillant.
J'ai toujours associé le Mercenaire à Fire and Ice, le long-métrage de Ralph Bakshi et Frank Frazetta. Je me rends compte à quel point cette association est stupide. Frazetta est l'exact opposé de Segrelles. Frazetta, même passé à la moulinette de l'animation, continue de palpiter de vie. C'est couillu, on entend la partition un peu lourdingue et martiale de Basil Poledouris en fond et on imagine le sang qui va gicler au prochain coup de hache.




Segrelles, c'est joli, dans le sens le plus kitsch du mot. C'est creux et figé. Et un peu chiant. La musique qui vient à l'esprit ? Vangelis dans ses grandes envolées new age. Je dois avoir abandonné la série vers le tome 6 et n'y suis jamais revenu.

11 commentaires:

  1. On s'en fout de ta vie mon gars

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  2. ta rien compris, tu est treeees pretencieux

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  3. C'est dommage de passer à côté d'un chef d’œuvre pareil, en même temps tu es en cohérence avec ton url...
    Segrelles c'est un monde onirique, certes statique, mais d'une grande poésie et d'une grande beauté. Je pense que ta première impression était la bonne : c'est beau et ça suffit en soi. Dommage que tu te sois mis à intellectualiser le schmurtz.

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    1. Je ne pense pas intellectualiser le schmurtz, comme tu le dis. je ne me sens pas l'âme d'un Jessie Bi :o)
      Je suis conscient que le nom de mon blog peut être mal compris, c'est pourquoi je l'explique en présentation.
      En fait, au début, je pensais en faire une sorte de catalogue de lectures qui ont compté pour moi, et m'ont façonné comme lecteur de bande dessinée (je refuse l'étiquette de bédéphile). Mais, j'ai rapidement abandonné cette approche pour me concentrer sur des livres que j'aime et que j'ai envie de faire découvrir, laissant de côté ma petite histoire personnelle qui n'intéresse pas grand monde. Puis il y avait un aspect qui me dérange dans le fait que je n'aime pas être trop "critique" dans le sens négatif du terme. La tentation est toujours grande de dézinguer, bien planqué derrière son clavier. Je l'ai fait sur des forums spécialisés il y a longtemps. C'est amusant sur le coup. Après réflexion, un peu moins. Et je n'ai aucune légitimité autre que ma curiosté et mes lectures.
      Pour qui se souvient, sur BDParadisio et sur Bulle d'Air, il y a eu des discussions enflammées pour décider s'il fallait parler de critiques, d'avis ou de chroniques de lecteurs. Je me sens plutôt l'âme d'un chroniqueur, bon ou mauvais, qui ne parle qu'en son nom, basé sur ses goûts et son vécu. Pour ce blog, j'en suis arrivé naturellement à me concentrer sur ce que j'aimais, surtout pour mettre en avant des livres peu visibles (Tantrum, Spirale, Irène et les Clochards, Gens de France et d'ailleurs...)
      "Le mercenaire" est un des premiers articles que j'ai mis en ligne parce qu'il fait partie des lectures qui m'ont fait évoluer. Il fait partie de ceux qui m'ont sorti de l'ornière de la bande dessinée franco-belge mainstream. A l'époque, j'aimais beaucoup, comme je l'ai écrit. Puis, mes goûts ont changé. J'ai essayé de relire Segrelles un peu après avoir publié cette note. Impossible. Cela ne correspond plus du tout à ce que j'aime en bande dessinée. De la manière dont j'envisage ce blog désormais (et je suis toujours surpis de voir qu'il est visité et que des personnes réagissent, je l'ai entamé avec la certitude qu'il n'attirerait pas grand monde et qu'il mourrait rapidement faute d'intérêt, autant du mien que de celui de lecteurs potentiels), je n'aurais pas publié cet article parce que "Le mercenaire" n'est pas une bande dessinée que j'ai envie de faire découvrir aux autres. D'autres sont plus qualifiés et passionnés pour le faire.

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  5. Pas sûr que notre chroniqueur soit vraiment passé à côté, pas sûr non plus qu'il s'agisse d'une intellectualisation mal placée.
    Comment pourrait-elle être mal placée?
    Une bande dessinée reste quand même une des formes de la littérature, on peut donc forcer l'analyse au-delà des images considérées individuellement. Même remarque concernant le cinéma. Même remarque d'ailleurs pour les arts plastiques...

    Je partage les différents points de vue de Thierry que je ne trouve pas particulièrement treeees prétentieux, mais sûr de son opinion (par ailleurs agréablement documentée), et sûr de l'intitulé de sa page (Quoique les charges y soient plus rares que prévu!)

    Moi aussi j'ai kifé cette BD datée jusque dans la typo de son titre lorsque j'ai commencé à quitter Tintin et ses potes, et d'abord pour les mêmes raisons, c'est évident: L'impressionnante maîtrise technique de Segrelles, qui confère à ses planches une beauté formelle lisse, très réaliste et forcément séduisante.
    Je suis également d'accord avec l'assertion suivante: Le réalisme, et la technique spectaculaire qui va avec, est une passion typiquement adolescente, ou plutôt, typique de l'adolescence de notre oeil lorsqu'il s'exerce à lire une image.
    Cela s'observe dans les arts plastiques de manière générale et, oui, c'est une généralité, pas un jugement de valeur.
    Du reste je ne peut, au stade où j'en suis, qu'admettre les faiblesses soigneusement accumulées par Segrelles au fil de ses pages pourtant mémorables: Actions figées et bizarrement maniérées, récit paresseux, tics graphiques et narratifs répétitifs... Et l'impayable coupe de cheveux du héros éponyme (Les meufs aussi ont droit à leur couche de laque d'ailleurs).

    Tout cela est un peu sévère, mais ce ne sont que des avis, et nous parlons d'un travail totalement (peut être trop) dans le ton de son époque.
    Mais on peut porter un regard sévère et à posteriori, de manière constructive, sur une lecture que l'on a aimé et que l'on aime encore.

    J'aime encore Le Mercenaire, car malgré ses nombreuses lacunes révélées par des lectures ultérieures plus maîtrisées, ses pages recèlent de bonnes idées, quelques scènes mémorables, et cette fameuse ambiance distanciée, cotonneuse et figée.
    Ces atouts, Segrelles se les ménagent justement par son maniérisme, qui par définition subit l'outrage du temps et squat obstinément son époque.

    C'est donc Kitch oui, et ça n'a rien de péjoratif.
    Je vais m'en racheter 2 ou 3 tiens.

    Sinon je prend bonne note de ce "Fire & Ice", en espérant qu'il ne lève aucun voile sur la coiffure du Death Dealer.

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    1. merci :o)
      je devais peut-être renommer ce blog "la bd m'emmerde plutôt en général mais il y a plein de trucs qui me font kiffer quand même". Mais ce serait un url un peu trop long :o)

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    2. Il est très bien comme ça ton url, il donne envie d'en découdre avec son auteur pour tenter de le ramener à la raison ha ha… Jusqu'à ce qu'on lise un peu sérieusement.
      En tout cas ton blog est vraiment intéressant, et tant mieux s'il provoque du débat, anonyme ou non.

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  6. Je tombe par hasard sur votre blog. Vous n'aimez pas et cela vous regarde. toutefois Segrelles a évolué avec les années jusqu'au dernier album tant dans les dessins que dans le dynamisme avec la limitation d'une bd plus réaliste ou on enlève les compléments d'animation (signe de vent, étoile de ko etc...) hormis les dialogues en bulle étoilé lors de cris. C'est un style. Ce qui est regrettable dans votre propos c'est de laisser paraître un jugement sur une oeuvre dont vous n'avez pas dépassé le tome 6 (de 1994 et donc publié 18 ans avant votre article) avec de vague souvenir et un survol sur le net. Si l'histoire ne vous parait non original (ah bon l'an 1000, les mythes, les atlantes ?) même si c'est bien raconté c'est donc mauvais ? Que vous n'aimez pas est respectable mais vos propos sont très fort ("une manière élegante pour dire etc...") et basé sur du vide. Dommage, Segrelle aurait mérité une critique négative plus sincère et riche car il y a de la matière bien au contraire sur le découpage, le travail du dessin, la finesse des personnages et des visages encore plus dans les derniers album avec des écarts important entre le début et la fin (on parle d'une série s'étalant sur plus de 20 ans avec 13 albums seulement). Dommage.

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  7. Je tombe par hasard sur votre blog et sur un commentaire de Anonyme du 30/12/2016.
    Je tombe donc par hasard sur votre blog. Vous n'aimez pas et cela vous regarde. Toutefois vous avez le droit de le dire. Je ne trouve pas vos propos "très forts", je partage votre analyse. J'ai apparemment suivi un cursus de l'éveil à la bande dessinée similaire au votre (quand je pense que j'ai acheté des Claude Serre!). Visiblement Anonyme espérait une critique négative plus sincère et riche. Qu'est-ce à dire? une critique négative élogieuse?!...

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