Germain... et nous est né dans les pages du Trombone Illustré, supplément pirate qui sévit dans le journal de Spirou en 1977. Après l'arrêt du Trombone, Germain rejoignit les pages de
l'hebdomadaire et y officia pendant plus de 20 ans.
Bien qu'il donnait son nom à la série,
Germain disparut vite de cette galerie de personnages créé par Frédéric Jannin,
avec l'aide de Thierry Culliford, Yvan Delporte puis Sergio Honorez (avec qui
Jannin partagea également l'aventure des Snuls, pendant belge des Nuls, et
actuel rédacteur en chef du journal de Spirou). Cette série-chorale vit de
nombreux personnages aller et venir autour d'un noyau dur composé de Luc-Luc,
André-Marie, Pilou, Calorine et quelques autres.
L'air de rien, Jannin avait réussi à capturer
l'ambiance d'une époque: les années 80 et la "bof generation". Les
idéaux de 68 étaient déjà loin, et les préoccupations alter-mondialistes
n'étaient pas encore à la mode. Ces jeunes vivaient dans les golden eighties,
sans trop se poser de questions, même si le titre de chaque album se décline en
autant interrogations. Le titre du premier tome résume bien leur état d'esprit:
"Qu'est-ce qu'on fait ?" Pourtant, cette décennie fut celle d'une
révolution du mode de vie, la société devenant définitivement une société de
consommation. Apparurent les fast-foods, les magnétoscopes, les vidéo-clubs...
Au milieu de ce petit monde en pleine effervescence tranquille, Germain et les
autres vivaient, tombaient amoureux, tentaient vainement de perdre du poids
comme Calorine, rêvaient à leur gloire future de rock-stars comme Pilou, se
passionnaient pour les Bowling Balls, vrai-faux groupe fictive emmené par Bert
Bertrand, le fils d’Yvan Delporte ...
Jannin possède un vrai sens de
l'observation et a croqué des personnages drôles et touchants. Sous l'apparente
simplicité d'une série de gags en une planche, il animait une galerie des
personnage moins typés qu'il n'y paraît. Le plus emblématique reste le père de
Pilou, calqué sur un certain Pierre Culliford, père de Thierry Culliford et
plus connu sous le nom de Peyo. Fan de foot, colérique, parfois ridicule (la
phrase "Tais-toi quand tu parles a ton père !" est véridique, selon
Thierry Culliford), mais il serait trop facile de le réduire à une caricature
du père beauf. Comme tous les autres, il acquit une vraie dimension humaine, malgré,
ou à cause de son aspect caricatural. Car Jannin éprouve de la tendresse pour
ses personnages, sans doute parce qu'ils sont inspirés de ses proches.
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Papa Culliford, alias Peyo |
Germain fut une des premières séries
"générationnelle", adoptant le langage et le point de vue des adolescents,
un peu comme Titeuf le fait pour les enfants. Le ... et nous du
titre ne faisait-il pas directement référence à ... nous, les lecteurs, qui
pouvions nous identifier d'autant plus facilement à cette petite bande qu'ils
nous ressemblaient vraiment ? Pour l'époque, il s'agissait d'une petite
révolution. Et elle ne plaisait pas à tout le monde.
Je me souviens de mon professeur de religion
(oui, en Belgique, nous avons des cours de religion ou de morale laïque à l’école),
le bien nommé monsieur Lheureux (qui donnait toujours l’impressiond’être sur le point d’exploser
d’exaspération), qui était tombé sur un album de Germain et avait été choqué
par ce qu'il y avait lu. En cause, on y tournait les adultes en ridicule. Pourtant,
Jannin restait très sage, mais, au sein d'une institution d'illustrés pour le
jeunesse où prévalait une certaine tradition bien-pensante, il incarnait une
impertinence malvenue pour certains.

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Froud et Stouf |
Parce que l'histoire de la bande dessinée
est un éternel recommencement ,il est bon de se rappeler que Jannin était la
cible de pas mal de critiques. Son style relâché attira les célèbres "mon
petit filleul de 5 ans ferait aussi bien" comme la leffe attire les mouche
a bières (en général, l'auteur de ce genre de critique ne dira jamais "je
pourrais faire aussi bien", ce qui met en évidence la vacuité de l'argument).
Ces mêmes critiques fusèrent plus tard lors des débuts de Trondheim ou Sfar, et
fuseront encore. Cet élève de Franquin est pourtant un travailleur acharné.
Lors de la réédition de Arnest Ringard, qui était scénarisé par
Delporte et Franquin, il eut l'excellente idée de joindre des commentaires de
Franquin sur certaines planches. On y prend la mesure du travail nécessaire
pour une planche réussie, où chaque détail compte. Jannin est resté très marqué
par l’oeuvre de Franquin, au point qu’il est en charge de la restauration des
planches du maître pour les dernières rééditions.
Une importante rétrospective lui est consacré au CBBD,
entre une intégrale de Germain,
une réédition en 2 gros volumes de Que du Bonheur!
(sous-titré Petit traité des familles recomposées). Il est en effet temps de
célébrer cet hyperactif, auteur de bande dessinée, homme de radio (sa
participation assidue au jeu des dictionnaires), de télévision (les Snuls), musicien (dont un presque hit mondial avec Zinno) et
de plein d’autres choses comme les capsules JAADTOLY (J’aime autant de t’ouvrir
les yeux) et Froud et Stouf, avec au autre compère des Snuls Stefan Liberski.
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