lundi 23 janvier 2017

La Jungle: le livre qui a changé le monde, mais pas comme il le voulait





Un livre peut-il changer le monde?
Parmi ceux qui vous viennent à l’esprit, combien sont des œuvres de fiction ?
1984? Formidable récit visionnaire, mais qui n’offre finalement qu’une grille de lecture (d’autant plus terrifiante qu’elle continue de s’appliquer) à la société qui nous entoure.
Le meilleur des mondes ? J’aurai la même réserve.
Les seuls livres qui ont véritablement pesé sur la société humaine ne sont pas de livres de fictions ; Il s’agissait de textes sacrés ou de manifestes idéologiques ou politique.
Pourtant, chaque règle possède son exception. C’est ce que m’a rappelé cet article de Titiou Lecoq.
Il existe un roman qui a modifié de manière durable la société : La Jungle d’Upton Sinclair, publié en 1905.


Upton Sinclair reste un auteur méconnu en francophonie. On peut le considérer comme un héritier de Jack London et d’Emile Zola. De son oeuvre abondante, je ne connaît actuellement que 2 romans disponibles en français.:Outre La Jungle, il s’agit de Pétrole!, qui a en partie inspiré There will be Blood, le film de Paul Thomas Anderson et qui explique sans doute sa réédition. Cette grande fresque sur l’exploitation pétrolière est d’ailleurs un roman très prenant, qui frappe par la manière dont l’auteur n’hésite pas à tenir des discours très engagé politiquement, même s’il me semble qu’il prend la précaution de préciser explicitement qu’il n’est pas communiste (le roman paraît en 1927, l’anti-communisme et les attaques contre les syndicats sont déjà bien présentes).
C’est ensuite par hasard que je découvris La Jungle. En fait, je suis tombé sur une adaptation en bande dessinée réalisée par Peter Kuper. J’apprécie beaucoup cet auteur, à qui on doit quelques adaptations de Kafka, mais surtout Le système, une satire sociale double d’une poursuite échevelée qui évoque Lynd Ward, et Eye of the Beholder, une série de puzzle visuels basée sur le principe de la mini-épiphanie. Chaque histoire se compose d’une page qui expose une situation en 4 cases avant que la page suivante ne propose une vue d’ensemble qui apporte un contrepoint souvent impertinent ou provocateur.
Peter Kuper est un collaborateur régulier du New Yorker et proche du collectif WWIII Illustrated avec Eric Drooker.

  

Son adaptation de La jungle est un travail de commande pour la collection de classics illustrated. Si le choix du roman est audacieux, le cahier des charges a empêché Kuper de faire justice au roman de Upton Sinclair. Son travail se rapproche plus d’une résumé illustré que d’une véritable adaptation, malgré de réelles qualités. Son approche graphique et quelques composition audacieuses ne peuvent faire oublier le côté très scolaire de l’adaptation ainsi que le côté parfois prude de l’ensemble. Il y avait pourtant matière à une belle adaptation. Malgré tout, et sans doute est-ce le but plus ou moins assumé de ce genre de publication: attiser la curiosité du lecteur et le pousser vers la source (ce qui est le signe d’une bien piètre image de la bande dessinée, tout-à-fait capable de proposer de varies adaptations riches et puissantes, comme Ibicus par Rabaté ou la relecture de Cité de Verre par Mazzucchelli).



 

Upton Sinclair est un socialiste convaincu. Avec ce livre, il a voulu mettre en lumière le sort des ouvriers de l’industrie de la viande à Chicago. Il a enquêté plus de 6 mois dur le sujet, se faisait engager dans les boucheries industrielle (préfigurant le travail des journaliste gonzo, par exemple).
Son roman est terrifiant dans la description de ce qu’on peut voir comme la première phase de la mondialisation. Au début du XXème siècle, on allait chercher des étrangers, leur faisant miroiter la fortune facile aux USA, afin de les exploiter dans les usines. Ne parlant pas la langue et ignorants de leur droits, ils étaient exploités comme des esclaves. La seconde phase sera évidemment le délocalisation des usines dans les pays, au lieu de faire venir des travailleurs immigrés.



Jurgis, Ona et leurs proches quittent leur Lithuanie natale pour tenter leur chance aux USA, dans les boucheries industrielles de Chicago. Ils trouvent rapidement du travail et achètent une maison, pour ne pas avoir de payer de loyer. Tout semble bien se dérouler et le bonheur semble au rendez-vous.
La suite ne sera qu’une longue suite de tragédies. L’article de Titiou Lecoq en dresse la liste, mais je vous conseille plutôt e lire le livre qui en vaut vraiment la peine, selon moi. Sachez que, comme le dit Titiou Lecoq, à côté, Zola c’est du Marc Lévy.
Ce livre a changé la société américaine. Pourtant, et au grand désespoir de Upton Sinclair, il a complètement rate sa cible. Upton Sinclair voulait dénoncer l’exploitation inhumaine des ouvriers. Ce qui choqua le plus, ce fut la description des conditions d’hygiène complètement ignobles. Les patrons de ces usines hurlèrent à la diffamation. Face au scandale soulevé, le gouvernement américain organisa des inspections. Prévenu des visites, les patrons purent se préparer et présenter leurs entreprises sous leur meilleur jour.
Même ainsi, toutes les accusations de Sinclair sautèrent aux yeux des inspecteurs, ce qui en dit long sur la situation. Le scandale fut tel que le gouvernement déposa en 1906 deux lois fondamentales sur l’inspection des viandes et la “Pure Food and Drug Act”, qui donna à son tour naissance à la Food and Drug Administration (FDA), qui reste un des organes très puissants aux USA. Avec cette loi, c’est le gouvernement qui prend en charge la non-nocivité des produits de consommation. De tels organismes ne furent créés que bien plus tard en Europe. L'équivalent belge de la FDA, l'AFSCA, n'a été créé qu'en 2000 suite au scandale de la dioxine.




Au lieu de parler au cœur des lecteurs, Upton Sinclair parla à leur ventre. Le peuple demeura indifférent au sort des ouvriers, mais fut scandalisé par ce qui arrivait dans leur assiette. Les deux étaient pourtant liés.

vendredi 23 décembre 2016

Les Contes du Suicidé, d'après Horacio Quiroga






Merci tout d'abord aux éditions Warum et à l'opération Masse Critique de m'avoir permis de découvrir ce livre (et un peu moins merci à la poste pour l’avoir bourré dans ma boite aux lettres... il n'en est pas sorti tout-à-fait indemne).
La nouvelle est un genre tombé en désuétude chez nous. La norme est au roman et le court récit, exercice moins facile qu'il n'en a l'air, rare en francophonie, alors qu'il reste un genre vivace dans d'autres cultures. Par contre, les sud-américains ont conservé un goût pour ce genre littéraire. Les noms de Cortazar et Borgès (qui possédait en plus un sens de la brièveté parfois vertigineux) me viennent directement à l'esprit.
Par contre, je ne connaissais pas l'uruguayen Horacio Quiroga.
Étrange destin que celui de cet homme qui vit la mort rythmer son existence. Son père meurt accidentellement lorsqu’il est enfant. Son beau-père ainsi que sa première femme se suicident. Lui-même abattit accidentellement son meilleur ami lors d'une partie de chasse. Il n'est donc pas étonnant que son oeuvre, considérée comme fondatrice du réalisme magique, soit marquée par l'amour et la mort. L'un de ses livres les plus célèbres s'intitule d'ailleurs Contes d'amour, de folie et de mort.
Trois nouvelles extraites de ce recueil  ont été adaptées en bande dessinée par les argentins Lautaro Ortiz, rédacteur en chef de la revue de BD Fierro, et Lucas Nine, fils du dessinateur Carlos Nine (mais qui vaut bien plus que de n'être que le fils de...).
Trois récits baroques.
Trois récits d'amour et de mort.
Alicia étouffe dans un mariage morne. Elle espérait une union romantique et passionnée. Elle doit se contenter d'un mari froid et souvent absent. Est-ce pour cela qu'elle commence à s'étioler ?

Deux amants maudits se suicident et espèrent pouvoir enfin vivre leur amour dans la mort.
Un savant tente de retrouver l’image de celle qu’il a aimé.
Edgard Allan Poe n'est pas loin. On retrouve cette ambiance baroque, cette poésie morbide...

Optant pour un format très allongé, les personnages prennent l'allure de spectres qui déambulent dans un univers étriqué. Lucas Nine opte pour une approche surréaliste qui n'est pas sans rappeler le travail de Frédéric Bézian sur La Danse des morts (mais en couleur) ou celui d'Alberto Breccia, le génial auteur argentin qui a livré quelques unes des plus belles planches adaptées de l'univers de EA Poe. Comme le maître argentin, il mélange les techniques et s’appuye sur des photos et collages, essentiellement dans le dernier récit de ce recueil.
Le coeur  révélateur, de Breccia: une merveille
Les éditions Warum continue de proposer de beaux livres, tant pour l'objet que pour la qualité des oeuvres. Ce recueil m'a séduit. Il s'en dégage une beauté particulière et vénéneuse. On le referme en ayant furieusement envie de découvrir Horacio Quiroga.
Une très belle surprise.

lundi 28 novembre 2016

La Barbarie subtilement politique de Jacques Abeille




J'avais lu ce court roman juste après avoir lu Les Barbares, auquel il fait directement suite.
Nous y retrouvons le narrateur des Barbares, fin lettré de la ville de Terrèbre, qui traduisit Les Jardins Statuaires, livre mythique et témoignage unique sur les us et coutumes d'une région oubliée, avant de se faire enlever par les Cavaliers, peuple nomade qui avait investie Terrèbre.
A la fin des Barbares, le narrateur reprenait la route de Terrèbre. Ce roman nous raconte son retour dans la ville et ce qu'il advint par la suite. Je n'avais gardé aucun souvenir précis de cette histoire, ce qui me semblait étrange vu les images fortes que m'avaient laissé les autres livres de Jacques Abeille. Je décidai donc de le relire.
Si le roman fait directement évidemment référence aux Jardins Statuaires, je réalise qu'il s'intègre également dans Le veilleur de Jour et par conséquent  Les Voyages du Fils, deux autres romans du Cycle des Contrées (je n'ai  encore lu ni l'un, ni l'autre). Ce qui est intéressant dans ce cycle, c'est que le lien entre les différents tomes qui le compose n'est pas tant un lien chronologique ou une récurrence de personnages, mais que ce lien est de l'ordre de l'hypertextualité.


Le livre inaugural du Cycle des Contrées, et un récit de voyage dans lequel un narrateur anonyme relate ses observations lors de son périple dans une région éloignée. Ce livre, rare et rédigé dans une langue oubliée, existe bel et bien dans la ville de Terrèbre. Il y est considéré comme un ouvrage licencieux et mensonger. La narrateur des Barbares, professeur d'université, le traduisit.
Dans la Barbarie, on lui reproche cette traduction et l'accuse d'être l'auteur de ce livre, qui ne serait qu'un faux grossier. Dans le même temps, l'un de ses étudiants, lui soumet un manuscrit que nous devinons être Le veilleur de Jour. Quant aux Voyages du Fils, nous avons qu'il suit l'étudiant en question, Ludovic Lindien, sur les traces de son père, auteur du Veilleur de Jour. Il y est reproché au narrateur de la Barbarie d'être un familier de Léo Barthe, auteur sulfureux des Chroniques scandaleuses de Terrèbre, quer Jacques Abeille a effectivement signé Léo Barthe.
Le Cycle des Contrées relève donc plus d'une bibliothèque imaginaire, qui s'auto-référence  sans pour autant que les livres en deviennent incompréhensibles s'ils ne sont pas lus dans un certain ordre. Les Contrées forment une constellation littéraire au sein de laquelle de nombreux livres se recoupent et se complètent en d'étonnantes mises en abîmes. Ambitieuse entreprise qui dégage quelque chose de fascinant et enrichit la lecture de romans déjà très réussis par eux-mêmes.
Pour en revenir à La Barbarie, j'ai été frappé par un aspect qui m'avait échappé jusque là. Le Cycle des Contrées est, certes,  une oeuvre marquée par le sceau de l'imaginaire. Il porte pourtant en lui des thématiques très actuels et peut même prétendre à celui d'oeuvre subtilement politique. Déjà les Jardins Statuaires, dans sa description presque ethnographique d'une communauté, comprenait des éléments de critique sociale, essentiellement sur le rôle de la femme.
Dans La Barbarie, s'il l'on peut voir la marque d'un Kafka dans la description de l'implacable machine administrative à laquelle le narrateur se retrouve confronté, j'y vois aussi une fable politique subtile. Le narrateur avait quitté une Terrèbre envahie et en plein marasme. Il retrouve une ville qui se relève progressivement. Mais cela s'est fait au pris d'une forme d'anarchie législative et administrative, multipliant les règlements, jurisprudences et usages qui rendent la loi opaque et prompte à l'injustice par défaut.

Quant à la culture, elle s'est repliée sur une vision ultra-orthodoxe de la connaissance, rejetant ou censurant tout ce qui sort d'une cadre pré-établi. J'oserai même parler d'une certaine définition de l'identité qu'il faut affirmer tout en niant celle de l'autre. Ainsi, les Jardins Statuaires sont renvoyés au rang de mythe, la proximité que le narrateur a progressivement établi avec les Cavaliers est jugées suspecte...
Jacques Abeille reste évasif, à tel point qu'il est possible que cette interprétation ne soit qu'un fantasme de ma part. Pourtant, j'ai l'impression que la dérive autoritaire et régressive de Terrèbre fait bien écho à notre monde.
C'est en tout cas un indice de plus de la richesse du Cycle des Contrées.




lundi 21 novembre 2016

Le Tribut (édition intégrale), de Rochette et Legrand





En 1995 paraît “L’or et L’esprit”, premier tome du “Tribut”, signé Jean-Marc Rochette et Benjamin Legrand, déjà associés sur le très intéressant Requiem Blanc. Je découvris cet album quelques années plus tard et tombai sous le charme de cette bande dessinée de science-fiction terriblement originale et réussie. J’y ai déjà consacré une note sur ce blog.
J’avais alors appris qu’un deuxième tome, L’aigle de Lafcadio, avait été prébublié dans le mensuel (A Suivre) mais n’avais jamais été repris en album, la série étant abandonnée suite à une decision de l’éditeur qui préférait que Rochette renoue avec un style plus humoristique. Le résultat Napoléon et Bonaparte, une série de gags qui fut publié dans les pages d’un (A suivre) plus que moribond.
Profitant de l’exposition médiatique due au Transperceneige, Cornélius annonça la publication d’une intégrale de cette série méconnue. Il fallut plus de 2 ans pour que cette intégrale, qui reprend dans une version recolorisée L’or et L’esprit, L’Aigle de Lafcadio ainsi qu’une conclusion inédite de 16 pages qui clot la série initialement prévue en 3 ou 4 tomes, arrive en librairie. Ce retard me fit craindre un moment que le projet ait été purement et simplement abandonné par Cornélius.
La version originale, trop sombre et parfois difficilement lisible

La version recolorisée, plus lisible
   
Je me suis plongé dans cette intégrale avec beaucoup de curiosité.
L'Or et L'Esprit fait partie pour moi des toutes grandes bandes dessinées des années 90. Si l'argument de départ semble d’abord évoquer La Guerre Éternelle, son traitement très original m'avait directement séduit. Il se dégageait une impression d'oppression permanente, de noirceur et de mystère rarement atteinte dans la bande dessinée. Même conscient qu’une suite avait été dessinée, je continuais de considérer L’Or et l’Esprit comme un one-shot qui s’achevait sur une conclusion en guise de point d'interrogation que j'aimais beaucoup.
Je dois reconnaître avoir toujours été sensible à ses conclusions forcées par la force des choses.
Quand une fin en points de suspension devient une fin définitive.
Juan Gaviero lâchant un mystérieux Il y aura d'autres éclipses






Et puis ?






Cette fin me convenait.





Il y aura d'autres éclipses.




Nous étions resté au bord de l'abîme.




Il me fallait maintenant sauter et découvrir ce que les auteurs avaient prévu.
Je dois reconnaître qu'en première lecture, j'ai détesté la suite.
En deuxième lecture, j'ai mieux apprécié cet Aigle de Lafcadio, qui nous emmène loin de Deux-Lunes.
De l'ambiance poisseuse du premier tome, tragédie en huis clos, nous passons à un récit de SF plus conventionnel, qui m'a directement évoqué JC Forest, entre Barbarella et les Naufragés du Temps. L'alchimie du premier tome ne fonctionne plus que ponctuellement. Je n'arrive pas à m'intéresser complètement à cette histoire, et arrivé à cet épilogue inédit qui, fatalement, tombe un peu à plat, je ne peux m'empêcher de regretter cette fin qui me semblait parfaite.



Il y aura d'autres éclipses...



J'aime les fins en point de suspension, celles qui laissent le mystère entier.
Tout ne doit pas être expliqué.
Tout ne doit pas finir.
Parfois, rester au bord de l'abîme, dans l'ignorance de ce qui vient après est la plus belle des conclusion pour une histoire.
Pour moi, il aurait pu, il aurait dû en être ainsi pour le Tribut.

mercredi 9 novembre 2016

Les Vivants et Les Morts, fresque sociale contemporaine de Gérard Mordillat


C'est Gérard Mordillat lui-même qui m'a conseillé de lire ce roman, plus que tous les  autres. Il doit en être particulièrement fier. Il l'a d'ailleurs adapté en mini-série en 2009.
Je dois reconnaître qu'il est malgré tout resté longtemps sur ma pile de lecture, hésitant à me lancer dans cette brique. C'est désormais chose faite. On connaît Gérard Mordillat: révolté et foncièrement homme de gauche, révulsé par l'injustice et sensible à l'humain. Mordillat est un humaniste et ce roman, fresque sociale contemporaine, synthétise sans doute le mieux sa vision de la société actuelle.

 
Raussel est une petite ville de province comme tant d'autres. Elle vit à travers la Kos, dernière entreprise d'importance installée sur son sol. Entreprise fragile qui a déjà failli littéralement couler lors d'inondations spectaculaires quelques années auparavant. Il avait alors fallu que tous se mobilisent pour faire repartir l'usine dans les plus brefs délais, pour éviter la fermeture.
Depuis, la vie a repris son cours. L'entreprise est vieillissante, mais semble tenir bon.
Mais, au fil des fusions et acquisitions, la Kos a été avalée dans un grand groupe allemand qui pose un ultimatum: un plan social drastique doit être accepté au plus vite ou ce sera la fermeture pure et simple.
Pour la direction allemande, la Kos n'est qu'une ligne dans un bilan comptable.
Pour les travailleurs, c'est leur vie.
Pour Raussel, ce n'est ni plus, ni moins que la survie.
Sans la Kos, il ne restera rien.
Gérard Mordillat articule son roman autour de 3 personnages-clés: Rudi et Dallas, un jeune couple qui voit ses rêves d'avenir hypothéqués et Lorquin, un "ancien" même s'il n'a que la cinquantaine, qui voit son monde s'effondrer.
Lorquin qui fut l'un des artisans du sauvetage de l'entreprise lors de l'inondation.
Rudi qui fut en première ligne, au côté de Lorquin. Et qui a hérité de ses parents adoptifs une colère sourde contre l'injustice sociale.
Dallas, une jeune femme qui multiplie les petits boulots, dont un à la Kos, pour faire bouillir la marmite.
Gérard Mordillat n'est pas du genre à se lamenter. Il lutte, il se débat, il crie l'injustice.
On pourrait penser son roman caricatural. Pourtant, il n'est que le reflet d'une certaine réalité, mais qui n'est jamais vraiment abordée dans les médias. Si la Kos n'est qu'une ligne dans un bilan comptable, elle n'occupe pas plus qu'un entrefilet dans la presse nationale ou quelques secondes dans un JT, de préférence pour montrer la manifestation qui a dégénéré, sans s'intéresser au fonds de l'affaire.
Les destins brisés de gens ordinaires.
Trop ordinaires.
Dans une ville sans relief, moche...
Rien de séduisant ou de spectaculaire.
La fermeture de la Kos n'est pas une tragédie. Ce sont 300 micro-tragédies.
Les Vivants et les Morts est un livre militant. Mordillat ne s'embarrasse pas toujours de nuances. Il ne prend pas de gants. Mais il faut parfois se salir les mains pour se faire entendre.

Chez Mordillat, la dernière phrase a toujours une importance particulière. Elle n'est jamais anodine.
Les derniers mots de ce livre sont terribles
"Ils endurent"
Tout est dit.

mercredi 12 octobre 2016

Jean-Marc Rochette sur les nouvelles vies du Transperceneige



Voici un lien vers une interview très intéressante de Jean-Marc Rochette à propos de l’adaptation cinématographique du Transperceneige par Bong Joon-Ho ainsi que ses retombées: une nouvelle vie pour la bande dessinée qui est même devenu un succès éditorial aux USA mais aussi un projet de série télévisée et d’adaptation théatrale.